La cuillère d’amertume – livre en travail

Posté par valychristineoceany le 1 septembre 2009

la cuillère d'amertume extrait

Troisième chapitre

« Quand on est deux, l’on aimerait n’être qu’un,
et quand l’on n’est qu’un, on se dit que l’on serait bien à deux ».

 

 

 

« Pendant quelques minutes, Alexa le qualifia de manipulateur, coureur de jupes, destructeur, séducteur, simulateur, nuisible, déséquilibré, dissimulateur avec ses silences constants. L’attente devenait insupportable. Elle regarda à nouveau dans sa boîte aux lettres. Rien. Pourtant, il est connecté! Le délire s’emparait d’elle. Son cerveau bouillonnait sous le poids des images qui s’imbriquaient comme des racines dans les profondeurs de la terre. Une sensation d’urgence l’envahissait de partout, la pressait de l’intérieur. Alexa se sentait comme cette terre déformée par les racines envahissantes, émergeantes.

Alexa courut vers la salle de bain, revint, s’assit sur le canapé. Alluma une cigarette. Regarda la montre. Mangea un morceau en défilant d’un mur à l’autre en inspectant les creux minuscules qui déformaient la surface lisse.  Respira fort et se remémora la scène. Bien plus calme cette fois-ci elle le voyait différemment. Timide, soumis, délicat, mou et sans conversation. Sensible et  impressionnable. La curiosité montait en elle. Tant de portraits pour un seul homme. C’est évident, je ne sais pas qui il est en vérité. Celui que je m’imagine ou celui que j’ai aperçu pendant la rencontre ? Comment est-ce que je l’ai aperçu pendant ces quarante minutes ?

Alexa sortit dans la cour, s’assit sur la chaise longue et en se balançant, elle essaya de se souvenir non pas de lui mais de ses propres sensations. Le plus fidèlement possible. Balayer les images délirantes et se souvenir ses propres pensées. Aussi fidèle que possible. Une brise la fit frémir, elle revint dans le salon, prit son pull, ce pull bleu qu’elle eut pendant la rencontre. Quelle maladresse.
Pourquoi j’ai été émue à ce moment-là ? Ah, cette émotion, je me souviens de cette émotion, mon corps aussi se souvient, mes mains se rappellent aussi quand je touche ce pull bleu, mais comment se souvenir de ce qui a déclenché l’émotion ? Trouver une raison à mon émotion pourrait peut-être changer quelque chose pour apaiser cette fébrilité idiote. La raison apaise l’émotion, l’émotion fait perdre la raison. Quelle trouvaille insensée, banale et sans aucun sens. Où est-ce que j’ai lu ça ? Au plus profond, les émotions sont là puisqu’elles ne sont pas ailleurs. Moi aussi, je suis ici ce soir-là, dans mon jardin, toute seule puisque j’ai refusé d’être ailleurs. Avec Raoul, dans un restaurant, face à face. La solitude ? C’est le désir poussé à l’extrême d’être avec l’autre à tel point que finalement être avec l’autre nous fait peur. Or, là, il n’y a rien qui me pousse, ni mon désir, ni ma solitude, ni mon impatience. Je ne me sens pas seule, ni désireuse ni impatiente. Nerveuse, c’est tout. Racineuse plutôt, pouf, ce n’est pas un mot ça, enracinée oui. Enracinée. Nerveuse et agrippée à ma nervosité, à mon délire.

Incapable de se raisonner, Alexa revint à l’ordinateur, ouvrit la boîte aux lettres même si elle voyait clairement qu’elle était vide. Il lui fallait vérifier dans le cas où un message resterait non signalé par la machine. C’était peu probable, mais elle sentait ce besoin compulsif de vérifier avant d’éteindre l’ordinateur. Comme ça, elle s’endormirait l’esprit tranquille si l’on peut dire, nul besoin de revenir dans la nuit. »

Il vient de sortir : http://www.leseditionsdunet.com/roman/832-la-cuiller-d-amertume-valy-christine-oceany-9782312009124.html

 

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