Quelque part en Roumanie -nouvelles

Posté par valychristineoceany le 15 juin 2008

 

la couverturecliquer sur le titre pour commander

« Quelque part en Roumanie » 

J’ai écrit ce livre quelques années après avoir quitté la Roumanie. Le contact avec la culture et le mode de vie occidentale a remué en moi les souvenirs de mon pays. Ils me terrorisaient par leur insistance et par leur persistance. Ils continuaient à vivre en moi malgré mon départ. Ils surgissaient à mon insu à chaque fois que je me trouvais en face d’une situation semblable, quoique différemment traité ici, en France, selon la culture et la mentalité du pays.

Ils se sont imposés à moi avec force, avec larmes -mes souvenirs pleuraient en moi- avec obstination. Submergée par les émotions qu’ils suscitaient en moi, j’ai compris qu’il me fallait les écrire et les partager avec vous. J’ai pris le crayon et je les ai écrits une après l’autre.Si vous me posez la question : est-ce que c’est écrit d’après une histoire vraie ? je vous répondrais que tout ce que je vous relate c’est le miroir de la réalité avec le mélange, bien entendu, d’imagination personnelle, de la sensibilité, et de l’attachement sentimental envers mes personnages inventés.

Ont-ils vraiment existé, ces personnages ? Je me suis demandée aussi. Ont-ils vraiment existé ou sont-ils le produit de mon imagination ? Alors, au fur et à mesure que je m’approchai d’eux, la réponse s’ouvrait à moi, se proposait comme une évidence. Plus que les personnages, c’est le thème de chaque nouvelle qui est vraiment réel.
Oui, car l’avortement était interdit dans mon pays, les pilules et tout moyen de contraception. À partir de ce sujet, j’ai imaginé une femme et sa façon de faire face à cette interdiction qui interférait avec les autres difficultés de sa vie quotidienne.
Ceausescu a-t-il vraiment détruit des maisons sans tenir compte du souhait de leur propriétaire ? Oui, car il envisageait construire une autoroute Bucarest-Tirgoviste pour ses propres déplacements. A partir de cette vérité, j’ai créé une grand-mère digne et fière de la réalisation de sa famille – une maison solide – attachée tellement à cette maison qu’elle a préféré disparaître en même temps et au même moment.

Etait-il possible qu’une personne se trouve licenciée du jour au lendemain parce qu’elle ne s’était pas présentée à son travail un dimanche ? Oui, c’était mon expérience, seulement, mon personnage inventé autour de ce sujet, je l’ai imaginé la traversant différemment.Donc, pour revenir à la question si mes nouvelles sont écrites d’après des histoires vraies, je me suis répondu que c’est surtout à partir d’une problématique vraie, réelle et douloureuse. Je les ai écrits en dévoilant mon hypersensibilité telle qu’elle s’exprimait réellement en Roumanie devant la souffrance de mes concitoyens. C’est qui est de réel, de vrai et de douloureux, c’est que ces thèmes peuvent être transposés dans tout autre pays. 

L’écriture est pour moi le moyen de communication avec mes lecteurs, avec vous. C’est à travers mes écritures que j’exprime ce qui est le plus profond en moi : mes émotions, mon hypersensibilité, mon trop plein. A travers mes personnages, je me livre à vous, je vous fais part de ce que je dissimule dans la vie quotidienne non pas par mauvaise foi, mais par une incapacité de relativiser l’expression de mes propres émotions.

A travers mes personnages, je questionne le lecteur, vous, sur des sujets graves qui nous entourent et qui nous touchent presque à notre insu. Je vous laisse en compagnie de mes personnages et, si vous souhaitez me contacter, faites le en toute confiance : mon email : feuillevalina@aol.com

  • La présentation de l’éditeur

En Roumanie, après la chute de Nicolae Ceausescu, la vie n’est pas si simple. La révolution, quelle révolution ? Et là-bas en Occident, de l’autre côté du mur, la vie est-elle aussi facile que l’on veut bien nous la décrire ? Oui, aller là-bas, s’enrichir et revenir, prince en son royaume.
La vie quotidienne d’une population à la recherche du bien-être, être quelque part en Roumanie, en ville ou au village, avec son lot de difficultés sociales, avec les morts et les vivants. L’auteur nous raconte, dans des chroniques parfois jumelles, la difficulté d’être dans un monde en liberté surveillée, où la marque du passé communiste et de la dictature affaiblit encore les esprits, où le poids des tabous est toujours aussi prégnant, entravant pour longtemps la marche vers la liberté.
Dans un style tantôt laconique, tantôt ironique, dans des nouvelles parfois épurées, parfois optimistes souvent pessimistes, l’auteur rassemble ses souvenirs d’enfance en Roumanie et les transpose dans l’histoire de personnages parfois hauts en couleur et parfois désespéramment gris.


Extrait du livre :

« Un événement d’enfance

Ma mère travaillait dans une usine. Elle se levait à quatre heures chaque matin. Au réveil, elle traversait ma chambre pour aller à la cuisine, s’habiller. La maison tremblait sous ses pas, le parquet gémissait, les portes claquaient à chacune de ses allées et venues. Je tenais ma tête cachée sous la couverture et je me bouchais les oreilles. Mon cœur était rempli de rage. J’étais en colère contre la maison qui tremblait, contre le parquet qui pleurait, contre les portes qui se fermaient à grands bruits. J’étais en rage et j’aurais voulu avoir le pouvoir de tout arrêter, d’endormir les murs, le plancher, les meubles. Ma mère, je le savais parce qu’elle le disait assez souvent, travaillait dur pour quatre sous.

Ce jour-là, après son départ je ne pus me rendormir. Le silence resté derrière elle était comme une douleur. J’avais mal et honte dans la chaleur de mon lit. Je me suis levée et j’ai essayé de faire les mêmes bruits que ma mère. Je marchais à grands pas, traversant la chambre pour faire trembler la maison et faire pleurer le vieux parquet. Dans ma chemise de nuit, je me regardais dans le large miroir accroché à l’armoire. Je sautais, je sautais. Non, le parquet ne voulait pas pleurer sous mon poids. La maison ne voulait pas trembler sous mes pas. Alors j’ai couru d’une porte à l’autre, je les ai ouvertes et je les ai claquées fortement jusqu’au moment où j’ai entendu frapper à l’entrée. J’ai tendu l’oreille. J’avais réveillé la voisine.

-Qui est là ? demandai-je d’une voix faussement endormie.

-Eh ! Ça va, ma petite ? Tout va bien ? Qu’est-ce qui se passe, là, à l’intérieur ? 

-Rien, rien, je dormais.

-Ah ! Bon ? Tu es seule ?

-Oui, bien sûr, oui, tout va bien. Soyez tranquille !

Après son départ je me suis demandée : pourquoi ne venait-elle pas quand ma mère faisait tous ces bruits ? Ma voisine entendait tous les matins des bruits pareils et elle n’était pas inquiète. Ou est-ce que, elle, ma mère avait le droit de les faire et moi pas ? J’ai senti une révolte monter en moi. La révolte d’être une enfant réveillée par le tremblement de la maison, par les pleurs du parquet, par le gémissement des meubles, par le claquement des portes. 

La révolte, je l’ai regardée dans le miroir, je lui ai tiré la langue et je lui ai dit : « Quand tu seras grande, trop grande pour rester à l’intérieur, tu exploseras « . »

 

Une Réponse à “Quelque part en Roumanie -nouvelles”

  1. A_girl_from_earth dit :

    Bonjour Valy,
    Je viens de publier mon billet sur votre recueil de nouvelles ici: http://lecture-sans-frontieres.over-blog.com/article-30068425.html
    Je vous laisse découvrir.:)
    Bon weekend!

 

Folklore en Europe |
RURALIVRES |
Arcade |
Unblog.fr | Annuaire | Signaler un abus | valentine63
| Le portrait de la femme en ...
| Lire, Voir, Ecouter...