La cuiller d’amertume – roman
Posté par valychristineoceany le 8 mai 2013
Discipline : roman
Parution : 30-04-2013
Auteur : Valy-Christine Océany
ISBN : 978-2-312-00912-4
Format : 120×190 mm
Nombre de pages : 228
Série / Collection : Les Editions du Net
Extrait : troisième chapitre, page 101.
Comment me débarrasser de cette peste ? Comment me débarrasser de cette peste ? Comment m’en débarrasser ? Comment ai-je réussi à m’embarrasser avec celle-ci ? Qu’est-ce qu’il y a de contradictoire en moi, de tordu, de confus pour que je me trouve avec des femmes folles au seuil de mon âme ? Ces femmes savent ce qu’elles veulent, comment arrivent-elles à être si sûres d’elles et de leur décision ? J’arrive à peine à sortir un mot qu’elles m’envahissent avec trente mots, mais bon Dieu, ai-je de la confiture sur mon nez pour attirer ainsi les mouches ? En plus, elle fait mine de ne pas m’avoir entendu. Maintenant qu’elle m’a trouvé, non, elle ne partira pas de sitôt. Ça se peut qu’elle ne parte même plus. Chuis tout de même chez moi, chez moi, murmura-t-il à l’attention d’Elisabeth.
Mais elle avait mieux à faire qu’écouter ses plaintes. D’un seul coup d’œil jeté tout autour du studio, elle comprit qu’il vivait seul. Elle sortit de son sac à main un livre avec une couverture très colorée et se mit à le parcourir. Raoul écarquilla les yeux, ahuri. Qu’est-ce qu’elle fait, elle lit ? Dès ce soir, il effacera sa fiche. Finis les sites des rencontres, finies les femmes, finies les connaissances, finie la course après l’amour. Inutile de s’entêter à obtenir ce qui n’est qu’une illusion. Sa mère avait bien raison, l’amour n’est qu’une philosophie pour les gogos. Les sites de rencontre sont des pompes à fric. Quel gogo suis-je. Mais il devait se débarrasser au plus vite de cette fille irish-coffee qui s’incrustait chez lui au-delà du raisonnable.
- Voilà, pour ce soir, je vais vous préparer, je veux dire, je vais te préparer, je peux te tutoyer ? Je vais te préparer une escalope de dinde aux champignons et nous mangerons ensemble sous la lumière tamisée des bougies. T’as des bougies ? Des toutes petites, non, t’as des grandes ? C’est aussi bien.
Le téléphone sonna une fois, deux fois et, bizarrement, Raoul tarda à répondre. L’énergie d’inventer lui manquait, il n’était pas doué pour l’improvisation. Et puis Raoul vit la fille prendre le téléphone, il l’entendit parler. Pour qui se prend-elle ? Je devrais lui arracher le téléphone, fais-le petit lâche, fais-le, arrache-lui le téléphone, t’es chez toi, t’es chez toi, allez, arrache.
Au lieu de tout ça, il s’est mis à s’arracher les boutons de son visage, jusqu’au sang.
- Oui, allo, le domicile du directeur adjoint de l’hôpital Bambou, bonjour, répondit d’un air très sérieux Elisabeth.
Elle écouta attentivement, en souriant avec gentillesse et regardant Raoul de ses yeux bleus. De sa main gauche, elle mima une négation et, comme il eût l’air de ne pas comprendre, elle murmura confidentiellement « arrêêête de mettre en sang tes boutons, arrêêête. Je vais arranger ça, t’inquiète ».
- Il est blessé, il ne peut pas venir tout de suite. C’est urgent ? Ah, la cuisine de l’hôpital ? Oui, oui, il arrive dès que possible, non, ce n’est pas grave, c’est gentil de vous intéresser à lui.
Raoul sortant de sa torpeur sauta de son fauteuil. De surcroît, elle est idiote, elle croit que j’attends ça, qu’elle me sorte du pétrin ! C’est elle le pétrin ! Et puis, c’est quoi cette histoire de Bambou ? Il ne s’appelle pas Bambou ! Où est-ce qu’elle a pêché cette bizarrerie ? Trouver une solution au plus vite possible. Elle semble bien intentionnée, mais je ne veux pas du tout qu’elle s’installe chez moi. Non, non, non, je dis non !
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Image de couverture : SIOB, La cuillère, huile sur toile
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